Ici, on ne vit pas de la carte postale. La vallée de la Haute-Meurthe emploie encore une bonne part de ses habitants sur place, mais dans des métiers qui ne se voient pas depuis la route des Crêtes : la forêt, le bâtiment, les cuisines de saison, et de plus en plus, un ordinateur posé sur une table de tiers-lieu. Le reste du bassin d’emploi se trouve ailleurs, et il faut une voiture pour l’atteindre.
La filière bois, héritière du textile
Avant d’être un pays de sapins et de scieries, la Haute-Meurthe a longtemps vécu du textile : les filatures et les tissages installés le long des cours d’eau ont façonné les villages, les bâtiments ouvriers et le rythme de travail de plusieurs générations, de Fraize à Plainfaing en passant par Anould. Cette activité a presque disparu aujourd’hui, mais elle explique encore l’implantation de certains sites industriels de la vallée, reconvertis depuis.
Ce qui a pris le relais, c’est le bois. L’exploitation forestière reste un employeur structurant : bûcheronnage, débardage, cubage, encadrés pour partie par l’ONF sur les forêts publiques du massif. Les scieries qui ont survécu à la concentration du secteur emploient encore des équipes locales, et la seconde transformation — menuiserie, charpente, ameublement — offre des débouchés à ceux qui restent dans la filière après la forêt et la scierie. Ce sont des métiers physiques, exposés à la conjoncture du marché du bois et aux aléas climatiques qui touchent les peuplements du massif, mais ancrés dans le territoire : on n’exploite pas une forêt vosgienne à distance. L’entrée dans le métier passe le plus souvent par un apprentissage ou une formation technique, rarement par une simple candidature spontanée ; c’est un secteur qui se transmet encore beaucoup par le réseau et par la connaissance du terrain, parcelle après parcelle.
Le tourisme, des emplois qui suivent les saisons
Gérardmer et la route des Crêtes font vivre une économie touristique bien réelle, hiver comme été : hôtellerie, restauration, remontées mécaniques, activités de pleine nature autour du Parc naturel régional des Ballons des Vosges. Mais ce sont des emplois qui suivent le calendrier des saisons, avec des contrats courts et une activité qui se resserre brutalement en dehors des vacances scolaires. Pour qui cherche un emploi stable toute l’année, le tourisme seul ne suffit généralement pas ; il complète souvent un autre revenu plutôt qu’il ne le remplace. Beaucoup de saisonniers cumulent ainsi un hiver aux stations et un été sur les sentiers ou dans la restauration, avec entre les deux des mois plus creux à combler autrement ; d’autres partent chercher un contrat plus long hors de la vallée le temps d’une intersaison, avant de revenir.
L’artisanat du bâtiment, un secteur qui cherche du monde
En zone rurale, le bâtiment reste l’un des secteurs qui peinent le plus à recruter : couvreurs, maçons, chauffagistes, électriciens. La rénovation des maisons anciennes de la vallée, souvent mal isolées et coûteuses à chauffer l’hiver, alimente une demande réelle et durable, y compris pour des artisans qui s’installent à leur compte après un parcours en entreprise. C’est l’un des rares secteurs où l’on peut encore construire une carrière locale sans dépendre du tourisme ni faire chaque jour la navette vers Saint-Dié-des-Vosges ou Épinal. Le principal frein reste le recrutement lui-même : les carnets de commandes des artisans locaux se remplissent plus vite que les équipes ne grossissent, et certains délais d’intervention s’allongent faute de main-d’œuvre disponible, ce qui pousse des vocations tardives ou des reconversions vers ces métiers manuels.
Télétravail et tiers-lieux, une porte étroite
Le télétravail a changé la donne pour une partie des habitants : certains postes tertiaires, jusque-là impossibles à tenir depuis la vallée, se font aujourd’hui à distance, appuyés par des tiers-lieux qui offrent une connexion fiable et un cadre de travail hors du domicile. C’est une évolution réelle, portée par quelques initiatives locales, mais elle concerne un nombre limité de métiers et de profils. Elle ne remplace pas l’emploi industriel, forestier ou artisanal qui constitue toujours l’essentiel du bassin.
La mobilité, le vrai sujet
Sur le papier, les emplois existent : dans la vallée, à Saint-Dié-des-Vosges, à Épinal, ou de l’autre côté du col du Bonhomme, en Alsace, où l’activité industrielle attire depuis longtemps une partie des actifs vosgiens en frontalier régulier. Dans les faits, cette dispersion géographique change tout. Un poste à vingt ou quarante minutes de route n’est accessible qu’à qui possède un véhicule fiable et un budget carburant qui tienne sur l’année ; sur ces distances et ce relief, les transports en commun ne couvrent pas tous les trajets domicile-travail. Sans voiture, une bonne partie des offres de la vallée et du bassin de Saint-Dié devient tout simplement hors de portée, quel que soit le secteur visé. C’est souvent ce critère, plus que la nature du métier, qui décide si un emploi est tenable ou non pour quelqu’un qui vit ici à l’année.
Pour qui cherche du travail ou change de métier, l’accompagnement de France Travail reste le point d’entrée le plus fiable pour connaître les offres réellement disponibles secteur par secteur, ainsi que les données publiées par l’INSEE sur l’emploi local, plus utiles qu’une impression glanée au comptoir. C’est aussi là que se discutent les aides à la mobilité, souvent décisives dans une vallée où le lieu de travail et le lieu de vie ne coïncident pas.
Le reste se joue rubrique par rubrique, au fil de ce que vit vraiment la vallée : une économie de la forêt et du col, pas d’un décor.




