Sur un chemin des Vosges, personne ne suit le blanc-rouge par réflexe. Ici, le balisage est fait de formes géométriques peintes en jaune, en bleu ou en rouge : rectangle, croix, disque, losange, triangle. C’est l’œuvre du Club Vosgien, association créée à la fin du XIXe siècle qui entretient depuis un réseau de sentiers sur tout le massif, de la vallée de la Haute-Meurthe jusqu’aux abords de Gérardmer et d’Épinal. Qui vient d’ailleurs et cherche du blanc-rouge en pensant suivre un GR se trompe de repère : il faut apprendre le code local, pas l’importer.
Un balisage qui ne ressemble à aucun autre
Le système du Club Vosgien fonctionne par symboles, chacun renvoyant à un itinéraire précis, et par couleurs qui distinguent les circuits locaux. Deux grands itinéraires traversent malgré tout le massif avec le balisage national blanc-rouge : le GR 5, qui descend du nord de l’Europe vers la Méditerranée et traverse les Vosges du Donon au sud du massif, et le GR 53, qui relie le col du Donon au col de Wissembourg en suivant la crête frontalière. Sur le terrain, les deux systèmes se croisent souvent au même carrefour de sentiers. La règle qu’on donne aux marcheurs qui débutent ici : repérer la couleur ET la forme avant de s’engager, pas seulement la couleur, parce qu’un rectangle jaune et un rectangle bleu ne mènent jamais au même endroit. En cas de doute sur un balisage effacé ou ambigu, mieux vaut rebrousser chemin jusqu’au dernier repère certain que de couper à travers la forêt.
Les hautes chaumes, un paysage qui n’a rien de la forêt
Passé un certain point, la forêt s’arrête net et laisse place aux hautes chaumes : des crêtes dénudées, couvertes d’herbe rase et de myrtillers, où le vent souffle sans obstacle. Ce paysage n’est pas naturel au sens strict, il vient du pâturage d’altitude pratiqué ici depuis des siècles, une activité qui a façonné la ligne de crête qu’on associe aujourd’hui aux Vosges. Le Hohneck en est le sommet le plus connu, avec un panorama qui porte loin par temps clair, jusqu’aux Alpes certains jours d’hiver. La route des Crêtes, ouverte pendant la Première Guerre mondiale pour desservir le front, longe cette ligne de sommets et permet d’accéder à plusieurs départs de randonnée sans redescendre en vallée. C’est un terrain dégagé, agréable pour la marche, mais qui expose davantage qu’un sentier forestier : aucun couvert végétal pour se protéger du vent ou d’une averse qui arrive vite.
Sur les crêtes, la météo ne prévient pas longtemps à l’avance
C’est le point sur lequel on insiste le plus auprès de qui découvre le massif : le temps change vite en altitude, même en plein été. Un ciel dégagé au départ peut se couvrir de brouillard en une heure, et la température chute nettement dès que le vent se lève sur une chaume exposée. Ce n’est pas une plaisanterie de rando-club, c’est une réalité qu’on observe chaque saison sur ces crêtes qui n’ont rien de très hautes en altitude mais qui prennent le vent de plein fouet, faute de relief pour l’arrêter. Avant de partir, un coup d’œil aux prévisions publiées par Météo-France reste le réflexe le plus utile, surtout pour un itinéraire de crête sans point de repli rapide. Le brouillard, en particulier, complique le suivi du balisage : les formes peintes deviennent difficiles à repérer à distance, et il vaut mieux ralentir plutôt que de chercher à couper au plus court.
S’arrêter dans une ferme-auberge
Le massif vosgien garde une tradition que peu de massifs français ont conservée aussi vivante : les fermes-auberges. Ce sont des exploitations agricoles d’altitude, souvent tenues par la même famille depuis plusieurs générations, qui accueillent les marcheurs autour d’un repas simple issu de leur propre production laitière et charcutière. Le repas marcaire, du nom des marcaires qui gardaient les troupeaux sur les chaumes l’été, en est le repère : tourte, viande fumée, munster, pommes de terre au lard, tarte aux myrtilles. On ne cite pas d’adresse précise ici, elles varient selon la saison et l’activité de chaque exploitation, mais elles ponctuent la plupart des itinéraires de crête à intervalles réguliers. C’est aussi une manière de comprendre le massif autrement que par la carte : ces fermes vivent de l’élevage bien avant de vivre du randonneur de passage.
Ce qu’on emporte, même en été
La règle la plus simple à retenir : une couche coupe-vent dans le sac, quelle que soit la saison affichée sur le calendrier. Ce n’est pas une précaution excessive sur un massif où l’altitude reste modeste, c’est une réponse directe à la façon dont le vent et le brouillard tombent sur les hautes chaumes. On y ajoute une carte ou un fond de randonnée à jour du balisage du Club Vosgien, de l’eau en quantité suffisante puisque les points de ravitaillement dépendent des fermes-auberges ouvertes, et de bonnes chaussures : le grès vosgien, humide une bonne partie de l’année, rend certaines portions de sentier glissantes. Pour toute question de préparation physique avant une longue traversée de crête, l’avis d’un professionnel de santé reste le bon réflexe, en particulier pour qui n’a pas l’habitude du dénivelé cumulé sur plusieurs jours.
Le Parc naturel régional des Ballons des Vosges couvre l’essentiel de ces itinéraires de crête et publie des informations sur l’état des sentiers et la préservation des hautes chaumes, un espace façonné autant par l’élevage que par la géologie du massif. Pour situer ces sorties dans l’ensemble de la vallée, la rubrique Vallée & Vosges du journal revient sur les villages et les cols qui encadrent ces itinéraires. Sources : Club Vosgien et Parc naturel régional des Ballons des Vosges.




