Les lacs vosgiens ne doivent rien au hasard. Leur forme en amande, leur profondeur et jusqu’à la fraîcheur de leur eau viennent d’une histoire glaciaire vieille de plusieurs dizaines de milliers d’années, puis d’un siècle et demi d’aménagement par les hommes. Ici, pas de promesse de mer chaude : des plans d’eau encaissés dans la roche, qu’il faut connaître avant de s’y baigner ou d’y jeter une ligne.
L’empreinte des glaciers
Pendant les grandes glaciations du Quaternaire, des langues de glace ont creusé le massif vosgien depuis les crêtes jusqu’aux vallées. En reculant, elles ont laissé des cuvettes rocheuses — des cirques glaciaires — fermées à l’aval par des amas de blocs et de débris arrachés à la montagne : les moraines. C’est cette mécanique qui a donné naissance au lac de Gérardmer, au lac de Longemer et au lac de Retournemer, alignés les uns derrière les autres dans la même vallée glaciaire, ainsi qu’au petit lac de Blanchemer, plus sauvage et moins fréquenté.
Côté alsacien du massif, le même phénomène a creusé le lac Blanc et le lac Noir, deux cirques glaciaires perchés en altitude, aux versants beaucoup plus abrupts. Leur nom vient de la couleur de l’eau selon la nature du fond et l’exposition à la lumière, pas d’une quelconque légende. On mesure encore aujourd’hui, sur le terrain, les moraines qui ferment ces cuvettes : ce sont elles qui ont permis, plus tard, de retenir l’eau et d’en faire des réservoirs.
Des lacs devenus outils de travail
Un lac glaciaire n’est pas figé pour toujours à sa taille d’origine. Plusieurs plans d’eau de la vallée ont été rehaussés par la construction de barrages, à partir du XIXe siècle, pour réguler le débit des cours d’eau en aval : la vallée vosgienne a longtemps vécu de ses filatures et de ses usines textiles, qui avaient besoin d’un débit d’eau constant pour faire tourner les roues et les turbines. Retenir l’eau en amont, dans le lac, permettait de la relâcher au rythme des besoins de la production plutôt qu’au gré des pluies et de la fonte des neiges.
Cette double origine — glaciaire puis industrielle — explique pourquoi certains lacs de la vallée ont un niveau qui varie selon la saison et la gestion du barrage, et pourquoi leurs berges portent encore des ouvrages en pierre ou en béton qui n’ont rien de naturel. Le Parc naturel régional des Ballons des Vosges veille aujourd’hui sur ces milieux, entre usage patrimonial, gestion forestière de l’ONF sur les versants et préservation des zones humides qui bordent la plupart de ces lacs. Pour comprendre l’ensemble du secteur et ses autres visages, la rubrique Vallée & Vosges revient régulièrement sur ce passé industriel de la forêt et de l’eau.
La baignade, sous surveillance et à la bonne saison
Soyons honnêtes : l’eau d’un lac vosgien reste froide, même en plein cœur de l’été. Elle vient du ruissellement des versants forestiers et d’un fond souvent profond et rocheux, qui se réchauffe lentement même sous un franc soleil d’août. Se baigner ici n’a rien de la mer tempérée, et il faut compter avec ce choc thermique, surtout pour les enfants et les personnes fragiles.
Tous les lacs ne se valent pas non plus pour la baignade. Certains disposent d’une zone surveillée en saison estivale, avec poste de secours et horaires affichés — hors de cette période et de ces horaires, on nage à ses risques. D’autres plans d’eau, notamment les plus petits ou les plus encaissés comme le lac de Blanchemer, ne sont pas aménagés pour la baignade et doivent être abordés comme des milieux naturels fragiles, pas comme des piscines. Avant de se jeter à l’eau, mieux vaut toujours vérifier sur place la présence d’une zone dédiée et respecter la signalétique, plutôt que de se fier à une habitude ou à un souvenir de vacances.
La pêche, carte obligatoire et fédération
Les lacs de la vallée sont aussi des lieux de pêche reconnus, mais la pratique y est encadrée. Une carte de pêche est obligatoire, délivrée par une association agréée affiliée à la fédération départementale de pêche, elle-même rattachée à la Fédération nationale. Chaque lac peut avoir son propre règlement : espèces autorisées, techniques permises, périodes de fermeture selon les catégories piscicoles — il se vérifie avant de partir, pas une fois sur la berge.
- Se procurer la carte auprès d’une association de pêche locale ou en ligne avant toute sortie.
- Vérifier le règlement particulier du lac visé : certains secteurs sont réservés à des techniques précises.
- Respecter les périodes de fermeture et les tailles minimales de capture propres à chaque espèce.
Cette gestion n’est pas qu’administrative : elle protège des populations de truites et d’autres espèces qui dépendent directement de la qualité de l’eau et de la fraîcheur maintenue par l’environnement forestier. C’est le même équilibre, entre héritage glaciaire, aménagement humain et forêt qui borde chaque rive, qui fait de ces lacs autre chose qu’une carte postale : un pays où l’eau, comme le bois, se travaille et se respecte.




